« Nous stigmatisons trop l’échec »
« Nous stigmatisons trop l’échec »

Ex-directeur et fondateur du Réseau Entreprendre Bruxelles, Jean-François de Maere est un acteur incontournable dans le paysage entrepreneurial belge. Passionné de nouveaux projets, il a mis sur pied, avec Xavier de Poorter, fondateur de ICHEC-PME, la plateforme Wikipreneurs.com, qui entend faciliter la vie des starters.

 

Pourquoi venir en aide aux entrepreneurs ?

Etant moi-même entrepreneur, je vis les difficultés qu’ils rencontrent. Lorsque l’on crée sa boîte, on a 1001 questions à résoudre par jour et on peut parfois se sentir seul et désemparé. On aimerait donc pouvoir obtenir des réponses, si possible de façon centralisée. C’est comme cela que Wikipreneurs a vu le jour. L’idée était de créer une boîte à outils pour lancer et faire grandir les projets entrepreneuriaux belges. La plateforme rassemble donc des explications d’étapes clés, des documents juridiques ou financiers, des conseils vidéo, ou encore l’avis d’autres entrepreneurs pour accompagner les créateurs d’entreprises, et leur faciliter la vie.

Les pouvoirs publics en font-ils assez en la matière ?

En dix ans, j’ai le sentiment que l’entrepreneuriat belge s’est transformé. Un gros effort public a été réalisé et le Gouvernement a impulsé des mesures de soutien aux startups et aux PME. Des budgets et des primes ont été alloués pour la création et l’accompagnement d’entreprises. De même, leur financement et le recrutement de leurs premiers collaborateurs a été facilité. Tout cela va évidemment dans le bon sens. Néanmoins, il faut maintenant opérer une rationalisation et une structuration des acteurs. Quand on monte une boîte, on ne sait pas toujours vers qui se tourner pour obtenir des subsides, ou une aide quelconque. Cela peut parfois être frustrant. Le Gouvernement en est conscient, et s’y attelle.

Que faire pour améliorer les choses ?

Selon moi, les acteurs devraient se spécialiser, se professionnaliser, et se regrouper géographiquement. Je rêve ainsi d’un grand bâtiment à Bruxelles où chaque étage accueillerait les entrepreneurs dans un cadre bien spécifique (service juridique, pré-création, aide financière,…) J’aimerai aussi pouvoir faire évoluer les mentalités et créer des initiatives afin de valoriser l’échec. Par exemple, pourquoi ne pourrait-on pas encourager les entrepreneurs ayant connu l’échec à rebondir ? On dit que tous les grands entrepreneurs américains se sont plantés deux ou trois fois avant de réussir. En Belgique, nous stigmatisons trop l’échec. J’en veux pour preuve que lorsque l’on plante une boîte, il est presque impossible de retrouver un financement. Entreprendre est donc toujours risqué en Belgique.

Pour minimiser ce risque, l’intrapreneuriat n’est-il pas la réponse adéquate ?

Je crois énormément à l’intrapreneuriat. S’il est bien organisé et mis en place, il a un impact considérable sur l’agilité, la flexibilité et la pérennité des grandes entreprises. Il permet aussi le maintien des gens compétents dans ces grosses structures, en jouant sur le dynamisme et la satisfaction personnelle. Néanmoins, même si les risques sont moindres que dans l’entrepreneuriat, ils existent toujours. Ainsi, la sécurité de l’emploi n’est jamais garantie dans des entreprises ou fusions, acquisitions et délocalisations sont monnaie courante. Etre entrepreneur permet peut être de mieux de maîtriser sa destinée, mais il faut s’accrocher !